Burundi: Genre, un des piliers pour le Projet « Adaptation au changement climatique pour la protection des ressources en Eau et Sol, ACCES »

  1. Promotion du genre

Contexte

Au Burundi, environ 90 % de la population tire sa subsistance des ressources du sol et de l’agriculture (vivrière). Ces ressources sont soumises à de fortes pressions liées à la surpopulation et à la surexploitation des terres. Le changement climatique et la variabilité croissante du climat viennent s’ajouter à ces tendances et dégradent davantage la disponibilité et la qualité de l’environnement et des terres arables. Dans l’ensemble, la population rurale est très vulnérable aux répercussions du changement climatique, et les femmes sont particulièrement touchées de par leurs rôles et responsabilités au sein des ménages.

Le projet ACCES, est l’un des projets pilotes au Burundi en matière d’adaptation au changement climatique. Il se focalise sur la gestion durable des ressources en eau et sols afin d’améliorer la situation alimentaire des ménages et l’autonomisation de la femme rurale.

Conscient du rôle actif que jouent les hommes et les femmes, une bonne stratégie d’adaptation devant impliquer les hommes et les femmes de toutes les catégories sociales de la population s’avère nécessaire. C’est pour répondre à cette impérative qu’ACCES a réalisé une analyse des relations de genre dans toutes ses zones d’actions afin d’identifier les priorités, les freins et les opportunités pour leur résilience. Les résultats de l’analyse ont révélé que (i) les femmes et d’autres groupes particulièrement pauvres ont des capacités d’adaptation réduites (manque de connaissances, ressources limitées telles que le revenu, le temps, la technique etc.)  ; (ii) une faible implication des femmes dans le processus de planification et dans les structures de prise de décision et (iii) des relations inégalitaires entre les hommes et les femmes privant ainsi ces dernières des chances et opportunités d’accès aux services offerts par le projet pour renforcer leur résilience.

Objectifs fixés : En guise de réponse, ACCES s’est fixé trois objectifs :(i) réduire les inégalités de genre constatées au sein des ménages qui constituent, par ailleurs, un frein dans les actions d’adaptation, (ii) promouvoir la participation des femmes dans les processus de planification et structures de prise de décision, (iii) renforcer la résilience des hommes et des femmes en augmentant leurs capacités d’adaptation au changement climatique.

Afin d’atteindre ces objectifs, le projet a essentiellement utilisé deux approches :

Approche « Ménage modèle » : C’est une approche principalement utilisée en matière de la promotion de l’égalité de genre et qui a déjà fait ses preuves avec des impacts très positifs. Elle a été initiée par le projet en réponse aux inégalités de genre constatées. Elle est basée sur le changement de comportement des hommes et femmes au sein de leurs ménages pour une résilience durable des ménages et des communautés. Elle se focalise sur l’amélioration des relations de genre et l’ajustement des méthodes et pratiques/comportement. Ainsi un certain nombre de ménages modèles ont été identifiés, sensibilisés et formés sur le genre et l’adaptation au changement climatique et sont devenus des Ménages formateurs. Ils ont, à leur tour, accompagné leurs pairs d’abord dans les formations théoriques et ensuite dans les formations pratiques et visites à domicile afin de s’enquérir de la mise

en œuvre des enseignements reçus. Cette approche est très appréciée par les bénéficiaires et l’administration locale. Des ménages illégalement unis ont régularisé leurs mariages et ont fait que des projets familiaux naissent. Cette situation a réduit les violences basées sur le genre dans les communautés. Pour plus d’informations sur l’approche (voir le lien sur DMS).

https://dms.giz.de/dms/llisapi.dll/app/nodes/290788914

 

Approche GALS (Gender Action Learning System/ Système d’apprentissage et mise en action du genre). Cette approche a été adoptée et mise en œuvre au début de l’année 2019 par ACCES afin de renforcer et compléter l’approche « Ménage modèle » surtout en vue de l’autonomisation des ménages. En effet, une fois les capacités développées, cette approche permet tous les membres du ménage (homme, femme, jeunes : garçons et filles) de planifier leur développement en mettant en avant l’équité genre sous tous ses aspects. Elle utilise des outils adaptés (schématiques/visuel) pour faciliter les personnes qui ne savent ni lire ni écrire à comprendre, à planifier et à faire des visions communes pour leurs familles. Des résultats pertinents sont déjà enregistrés. Avec l’appui du projet, tous les ménages modèles ont planifié et visualisé leurs visions(rêves) de développement mais aussi en termes de l’égalité de genre à atteindre à court, moyen et à long terme. Voir ce lien :

https://dms.giz.de/dms/llisapi.dll/app/nodes/290785916

Les résultats atteints : après une année de l’opérationnalisation de l’approche « ménage modèle » (2017-2018), une évaluation a été conduite au près des ménages modèles et ceux accompagnés et a mis en exergue les résultats suivants :

 (A) Transformation positive des rapports sociaux de genre au sein des ménages.  Cela s’observe à travers des améliorations sous plusieurs aspects (i) la répartition équitable des tâches  et réduction des barrières socio-culturelles y relatives ; (ii) amélioration de l’accès et du contrôle des ressources du ménages ; (iii) les décision sont prises de manières concertées ; (iv) réduction des violences basées sur le genre ;(v) considération sociale accrue et estime de soi chez les femmes; (vi)amélioration des conditions de vie des ménages et renforcement du pouvoir des femmes ; (vii) bonne cohabitation au sein des ménages et cohésion sociale au sein de la communauté ; (viii) Promotion des droits des femmes et des enfants et (xi) Développement du droit d’expression.

(B) Les ménages ont acquis des compétences en matière d’adaptation au changement climatique(ACC) et ont mis en œuvre les mesures d’ACC dans leurs exploitations. Lors de l’évaluation de cette approche, tous les ménages formateurs et accompagnés ont au moins mis en œuvre des actions/mesures d’adaptation au sein de leurs ménages (source : rapport évaluation de l’approche) et affirment que la production agricole a augmenté avec une nette amélioration de la situation alimentaire des ménages.

(C) Participation effective des femmes dans le processus de planification et de prise de décisions. Au début du projet, il n’y avait pas de groupements actifs dans sa zone d’action (mais plutôt opportunistes), ils ont été mis en place par le projet. Selon l’enquête réalisée en juin 2018, 55% de femmes sont associées dans la planification collinaire et la mise en œuvre des activités d’adaptation au changement climatique. 35% de femmes sont associées dans les processus de prise de décision :  comités des champs Ecoles Paysans (CEP), comités de gestion des coopératives, comités de gestion des points d’eau et des Comité Technique de Suivi – Local.

Effets concrets attendus

A court terme : Prise de conscience de toutes les parties prenantes du projet que l’égalité de genre est un droit offrant des chances et des opportunités aux hommes et femmes pour leur développement ; Prise de conscience des hommes et des femmes de leur rôle dans les stratégies d’adaptation ; que pour mieux s’adapter au changement climatique, il faut rehausser les capacités d’adaptation des hommes et des femmes, application des méthodes culturales adaptées dans leurs exploitations.

A moyen terme : Réduction de la pénibilité des femmes due au partage équitable des tâches, amélioration de la production agricole, réduction des violences basées sur le genre au sein des ménages, réduction des conflits sociaux ; réduction des barrières culturelles qui jouent en défaveur de la promotion de l’égalité de genre ;la participation accrue des femmes dans des travaux initialement dits masculins, amélioration de la considération sociale des femmes au niveau des ménages et dans la communauté ; amélioration de l’estime de soi pour les femmes ;le degré de mobilité accru pour les femmes ; amélioration de l’accès et contrôle aux différentes ressources, temps, revenus, formation, amélioration de la résilience au changement climatique.

A long terme : Une cohabitation pacifique au sein des ménages et amélioration de la cohésion sociale ; accès aux services sociaux de base (habitats décents, soins de santé, éducation etc.) grâce à l’augmentation du revenu issu de la production agricole et de l’épargne ; réalisation des objectifs rêves planifiés selon GALS tels que l’achat des moyens de déplacement, achat du bétail, mise en place d’une boutique alimentaire, achat des nouvelles parcelles pour la construction des maisons etc. et donc un développement durable.

  1. Prise en compte du genre en tant que critère de qualité

Nos partenaires tant administratifs que techniques au niveau des communes reconnaissent la prise en compte du genre comme un critère de qualité du travail du projet en témoigne la satisfaction exprimée lors des discours et considérations émises lors des évaluations du projet. Selon l’administration locale, l’impact produit par l’approche MM dans les ménages est très apprécié et recommande même son extension sur toutes les collines des communes d’intervention : exemple au niveau de la réduction des cas de violence et conflit dans les ménages, jouissance des droits de la femme, gain de temps et d’argent, efficacité des actions, reconnaissance par les groupes particuliers Batwa et veuves souvent non impliqués dans les projets, documents de travail sollicités par d’autres intervenants car intégrant systématiquement les aspects genre.

  1. Genre et suivi axé sur les résultats

Le modèle de résultats fait ressortir les changements visés en matière de la promotion de l’égalité de genre : indicateur genre dans la 1ère phase: « Dans les groupements d’usagers des zones d’intervention choisies pour la mise en œuvre de mesures d’adaptation aux changements climatiques, la part des femmes (en % de l’effectif total des membres) passe à 50 % et ces femmes sont associées activement aux processus de décision et de planification des groupements » ; indicateur genre dans la phase actuelle : « 1.400 femmes d’associations appuyées par le projet et chargées de la sécurité alimentaires dans leurs ménages possèdent selon leur perception un pouvoir décisionnel amélioré sur l’accès et l’usage des revenus provenant de la production agricole respectivement des épargnes ». Pour l’atteinte des résultats, l’approche Ménage modèle s’est avérée très efficace.

Les résultats sont rapportés dans les rapports trimestriels et d’évaluation et sont intégrés dans le dispositif de suivi qui définit les mécanismes de mesure de résultats. Les évaluations de l’impact des actions et interventions du projet sur la promotion de l’égalité de genre sont effectuées régulièrement. Un film documentaire et histoires de succès sur l’approche Ménage modèle ont été produits comme expériences et bonnes pratiques pour matérialiser les impacts. Voir la vidéo sur l’évaluation de l’approche Ménage modèle.

 https://dms.giz.de/dms/llisapi.dll/app/nodes/290789313

 

Afin de capitaliser les acquis en matière de genre, des décisions stratégiques ont été prises avec la prolongation du projet : une mise à échelle de l’approche Ménage modèle dans les nouvelles zones d’intervention du projet est l’une des recommandations de la PEV (Project Evaluation); un partenaire chargé de la mise en œuvre des activités en vue de la promotion de l’égalité genre et l’autonomisation de la femme rurale a été contractualisé (grant agreement) et l’enveloppe global s’élève à 407 000 Euro. Dans le même cadre, des techniciens experts en genre ont été recrutés pour un appui de proximité des ménages ; un poste de conseiller technique genre a été créé au niveau du projet ; une subvention locale a été aussi octroyée à une ONG locale pour entre autres missions, mener des sensibilisations à grande échelle pour la promotion de l’égalité de genre à travers un théâtre rural.

  1. Coopération

Il existe au sein du projet une équipe binôme pour le suivi des aspects genre et coopèrent avec les collaborateurs qui ont été par ailleurs formés sur la thématique « Genre et adaptation au changement climatique ». Le projet dispose une carte des acteurs dont ceux qui s’occupent des aspects genre. Les communes dans lesquelles nous intervenons nous invitent régulièrement par exemple dans la célébration de la journée internationale de la femme (8 mars) et de la femme rurale (16 octobre). Le projet profite de ces journées pour organiser des sensibilisations à grande échelle sur la thématique genre et adaptation au changement climatique à travers un théâtre rural avec des jeux concours. Tous les partenaires de mise en œuvre, et autres parties prenantes ont été formés et sensibilisés sur le genre pour avoir une même compréhension de l’approche et faciliter la collaboration. Ainsi, la coopération entre tous les intervenants en matière de la promotion de l’égalité de genre est effective par la nécessité d’atteindre les résultats visés.

 Les plus grands défis : (i) Barrières culturelles liées à la tradition burundaise : au début les hommes résistent pour le changement de mentalité et de rôles (partage des tâches ménagères) et la concertation mutuelle avant de prendre des décisions importantes (perçus comme gestes d’abaissement pour les hommes). (ii) Difficulté de compréhension de la perspective genre en tant que concept et approche de développement par les partenaires.

Les facteurs de succès :(i) L’engagement du responsable du marché à promouvoir l’égalité de genre et des ressources humaines compétentes en la matière (ii) budget disponible (le Grant agreement et subvention locale accordée sur la promotion de l’égalité genre) ; (III) Les approches utilisés : ménages modèles et GALS pour la promotion de l’égalité de genre qui se sont avérées très fructueuses avec des impacts positifs très importants.

 

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