Togo: Lutte contre les stéréotypes sexuels dans le système d’apprentissage professionnel et réduction de l’influence négative des déterminants socioculturels du statut de la femme sur l’économie locale

1.       Brève présentation du Togo

Le Togo est un petit pays situé en Afrique de l’ouest. Il couvre une superficie de 56 785 km² avec une population de 7,6 millions d’habitants[1] dont 51% vit en milieu rural.

Pays non industriel, l’économie du Togo est principalement orientée vers l’exportation de ses minerais et des produits agricoles. Le secteur informel tenu par les femmes, y est très important et contribue à faire vivre plusieurs ménages.

2.       Promotion de l’égalité de genre

·         Contexte

A l’instar de la plupart des pays africains, le Togo est profondément marqué par les inégalités de genre dans les secteurs de la vie socioéconomique et de la gouvernance tant aux niveaux familial, local que national. Le contexte culturel togolais est caractérisé par la traditionnelle division sociale des rôles au sein de l’espace domestique. Cette réalité des représentations sociales est tributaire de l’héritage culturel des togolais qui voudrait encore que les tâches domestiques soient un domaine réservé aux femmes et aux jeunes filles. Les stéréotypes sexuels sont omniprésents dans le quotidien des togolais et sont amplifiés différemment selon les régions.et les religions au Togo.

Comme les communautés d’Afrique, les communautés togolaises ont un corpus important de stéréotypes sexuels. Ces stéréotypes hérités de la culture sont de nature à inférioriser la femme dans tous les secteurs socioéconomiques. Cette catégorisation bipolaire du comportement des hommes et des femmes de toutes les contrées du Togo se voit cristallisée dans des expressions populaires fréquentes ci-dessous :

Exemple de stéréotypes sexuels Conséquences sur les femmes
‘’La femme ne vient pas au foyer avec une parcelle de terre’’ Non accès de la femme à terre
‘’Une femme ne peut jamais pousser la barbe’’

 

La femme reste sous la domination de l’homme au foyer
‘’La femme ne s’assied pas sur la pierre placée à l’entrée du vestibule’’ Non-participation de la femme à la prise de décision
‘’Dieu n’a pas donné le droit d’aînesse à la femme’’ Au sein d’une fratrie, la grande sœur, du fait qu’elle soit femme, se voit refusée de prendre des initiatives

2.1. L’unité organisationnelle et secteur d’intervention

 Au Togo, la GIZ appuie l’employabilité des jeunes hommes et femmes à travers le Programme de Formation Professionnelle et Emploi des Jeunes (ProFoPEJ[2]) par une activité de conseil pour la mise en place d’un apprentissage dual-coopératif adapté aux besoins togolais et l’appui à l’amélioration des conditions cadres pour l’emploi et le marché du travail au niveau national.

2.2.   Approche d’intervention utilisée

Dans le cadre de l’implémentation de la formation duale appuyé par la GIZ, des actions de sensibilisation orientées vers l’accès équitable des jeunes (filles et garçons) à l’apprentissage d’un métier sont organisées par les acteurs au niveau de chaque zone géographique d’intervention en tenant compte des réalités socioculturelles des localités

2.3.  Résultats immédiats et intermédiaires obtenus

Le ProFoPEJ est mis en œuvre au Togo depuis 2013 à la faveur de la reprise de la coopération entre le Togo et l’Allemagne. En six (6) ans d’activités sur le terrain, l’un des résultats immédiats obtenus est le nombre croissant de jeunes filles qui s’inscrivent dans les filières d’apprentissage autrefois considérées comme domaines exclusif des garçons. Ainsi, nous avons de plus en plus de jeunes filles dans les filières de mécanique automobile. Comme résultats intermédiaires, cinq (5) filles ont décroché leur Certificat de Qualification Professionnel (CQP) après trois ans d’apprentissage dans le système dual dans les filières de mécanique automobile, d’électricité bâtiment et de menuiserie bois.

                      

                       CRA Tsévié, un centre de formation en dual coopératif

2.4.      Effets attendus à moyen et long terme.

A moyen terme, il est attendu l’insertion au marché de travail des apprentis filles formées dans les métiers     autrefois considérés comme métiers des hommes.

A long terme, cette approche de prise en compte du genre dans le système d’apprentissage professionnel contribuera à faire disparaître progressivement les stéréotypes sexuels et les déterminants socioculturels du statut de la femme au Togo.

Prise en compte du genre en tant que critère de qualité de notre travail

3.       Démarche intégrant la dimension du genre

Dans la mise en œuvre du programme, l’équipe technique de l’unité organisationnelle (ProFoPEJ) prend toutes les dispositions pour accompagner les clients et partenaires en vue de la réalisation des indicateurs ci-dessus.  Ainsi, dans l’élaboration participative du Plan Opérationnel Annuel (PAO), l’unité organisationnelle veille à ce que toutes les activités programmées par les clients et partenaires concourent à la réalisation des indicateurs du programme.

3.1.  Quelle reconnaissance particulière notre travail dans le domaine de l’égalité de genre trouve-t-il ou a-t-il trouvé auprès de nos clients ?

Depuis la phase d’extension en 2017, les interventions du ProFoPEJ sont élargies à d’autres secteurs d’activités tels que les énergies renouvelables, le transport et l’agriculture.

Dans le secteur agricole par exemple où l’ampleur des stéréotypes sexuels entravent l’accès des femmes au principal moyen de production, la terre, le ProFoPEJ, en collaboration avec d’autres programmes appuyés par la GIZ a accompagné financièrement et techniquement le gouvernement du Togo et les organisations féminines du Togo dans la célébration en différé de la 11ème édition de la journée internationale de la femme rurale. Les activités organisées dans le cadre de cette journée ont servi d’occasion de fustiger tous les stéréotypes sexuels qui inhibent l’épanouissement socioéconomique et culturel de la femme. L’apothéose de cette célébration a été organisée en zone rurale (commune rurale de Korbongou dans l’extrême nord du Togo) autour du thème ‘’ accès de la femme à la terre’’. Cette célébration a vu la participation des acteurs aussi bien des secteurs public, privé que du monde associatif. Le gouvernement du Togo était représenté par Mme le Ministre de l’action sociale de l’alphabétisation et de la promotion de la femme.

Au cours de la célébration de la journée internationale de la femme rurale, les femmes et les hommes dans leurs intervention ont relevé les petites avancées dans le déclin des stéréotypes sexuel fortement encrés dans la mentalité du contexte socioculturel du Togo. Par ailleurs, les annonces des concessions d’accès à la terre et des microcrédits des femmes ont été accueillies avec enthousiasme.

ü  Genre et suivi axé sur les résultats

Dans la matrice des résultats du ProFoPEJ, les indicateurs à long et moyen terme relatifs à la prise en compte du genre sont très exigeants aussi bien à moyen qu’à long terme. Comme il peut être constaté, le cadre logique décrit d’une manière très claire et compréhensible les mécanismes de mesure des résultats.

 

Indicateurs à long terme

ü  Six mois après la fin de leur formation, 60 % des personnes (dont 20 % de femmes) qui ont participé aux formations professionnelles initiales et continues sélectionnées dispensées par les centres de formation soutenus sont embauchées, en stage ou se sont installées à leur compte conformément aux qualifications qu’elles ont acquises.

ü  54 % des participants (dont 15 % de femmes) déclarent percevoir des revenus plus importants 6 mois après avoir suivi une formation professionnelle initiale ou continue.

Indicateurs à moyen terme

ü  100 jeunes (jusqu’à 35 ans, dont 40% sont des femmes) ayant suivi une qualification en entrepreneuriat, déclarent avoir créé une entreprise 6 mois après la fin de l’activité

ü  1500 sur 1800 jeunes (dont 20% de femmes et 5% de personnes en situation d’handicap) ayant achevé une ou plusieurs des mesures de qualification et de formation (formation professionnelle, qualification entrepreneuriale/FoDA, formation technique à courte durée) déclarent 6 mois après la fin de la mesure que leur situation d’emploi s’est améliorée et comment elle s’est améliorée

ProFoPEJ a déjà fait l’objet de deux évaluations externes axées sur les indicateurs déclinés dans sa matrice de résultats. Il se prépare la capitalisation des acquis de la phase pilote du programme (2013-2017). Cette capitalisation mettra l’accent sur la documentation de bonnes pratiques sur les thèmes clés du programme dont la prise en compte du genre.

ü  Coopération

L’équipe de notre unité organisation (le ProFoPEJ) est structuré en 3 groupes thématique et 5 groupes transversaux dont le groupe transversal genre qui veille constamment à la prise en compte du genre dans toutes nos interventions conformément aux valeurs cibles des indicateurs de notre cadre de résultats. Les résultats sus énumérés sont le fruit d’une synergie de travail aussi bien à l’interne de notre unité organisationnelle qu’à l’externe avec d’autres programmes de la GIZ et les organisations de la société civile. Toutefois, les acteurs clés du programme tels les Comités de Suivi de la formation et insertion professionnelle (CoSFIP), les chambres de métiers, les corps de métiers, les patrons d’ateliers et les familles sont des alliés incontournables dans notre stratégie de lutte contre les stéréotypes sexuels.

En 2018, le Togo a élaboré son plan national de développement (PND) qui se veut être un référentiel national des interventions de l’État et de ses partenaires sur la période 2018-2022. Ce plan est en cohérence avec les engagements internationaux auxquels le Togo est partie prenante. Le souci de fédérer nos énergies pour relever les grands défis du PND[3] en général et de l’impact7 dudit document relatif à la promotion du genre est la principale motivation de notre démarche multi acteurs en faveur de la promotion de la femme

Principaux défis relevés

Les différentes actions initiées par le ProFoPEJ en vue de réduire les stéréotypes sexuels dans les attitudes et pratiques des togolais ont permis de relever x principaux défis à savoir :

ü  L’intérêt croissant des filles et leurs parents pour les filières de formation professionnelle dites ‘’masculines’’

ü  Le début de changement de regard de la société togolaise sur les capacités des femmes est réel

ü  Le débat public sur l’accès des femmes à la terre et le microcrédit se renforce

 Principaux facteurs de succès

Les défis ci-dessus ont été relevés grâce à la combinaison de quatre facteurs de succès à savoir :

ü  L’engagement des organisations féminines du Togo dans la lutte contre les stéréotypes sexuels,

ü  L’existence d’un référentiel national des interventions de l’État (le PND) qui accorde une place importante à la promotion du genre

ü  L’attachement de notre unité organisationnelle (le ProFoPEJ) à la thématique du genre et la sensibilisation accrue des partenaires public et privé à l’implication d’un plus grand nombre de femmes dans la formation professionnelle et entrepreneuriale

 

[1] Banque mondiale, 2016

[2] ProFoPEJ : Programme de Formation Professionnelle et Emploi des Jeunes mis en œuvre avec l’appui technique et financier de la coopération allemande à travers la GIZ

[3] PND : Plan National de Développement

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