Cameroon: L’implication des hommes, l’accès géographique, financier et socio culturel des femmes et des filles: des atouts pour la planification familiale

Contexte et justification

Dans le cadre de l’amélioration de la situation sanitaire des femmes et des enfants et dans le but d’accorder plus d’importance au droit à la santé de la reproduction, le Ministère de la santé publique a adopté le Plan stratégique national de lutte contre la mortalité maternelle et infantile 2014 -2020, dont la principale mission est de réduire la mortalité maternelle, néonatale, infantile et juvénile. L’objectif à l’horizon 2020 étant de réduire la mortalité maternelle de 782 à 500 pour 100.000 naissances vivantes et la mortalité néonatale de 31 à 20 pour 1000 naissances vivantes.

Le constat est qu’une grande partie de la population camerounaise, notamment celle constituée de personnes démunies, des femmes, des jeunes, reste sous-approvisionnée en soins de santé de reproduction.

Il est donc question de donner aux femmes la possibilité de déterminer de façon autonome le moment opportun pour leur prise de grossesse, de s’assurer que chaque grossesse est assistée par une sage-femme ou un maïeuticien qualifié/e, de passer par les femmes pour impliquer les groupes cibles dans les comités communaux et les comités de pilotage du secteur de la santé, et de les aider à élargir leur marge de décision et d’autonomie tout en impliquant les hommes en tant que leur partenaire.

Deux analyses genre ont été menées dont l’une au début du projet en 2012, et l’autre au début de la 2ème phase en 2015 et ont ressorti plusieurs recommandations qui ont été mises en oeuvre.

Approche méthodologique utilisée par le projet

L’Approche Genre Transformative

L’Approche Genre Transformative (AGT) est une méthodologie de travail qui permet d’offrir un regard complet sur une situation genre donnée, en identifiant non seulement les inégalités genre présentes au sein de ce contexte particulier, mais surtout les constructions sociales responsables de ces inégalités genre, et la manière dont elles se réalisent au sein du groupe au travers de stéréotypes, normes genre, traditions, etc…

L’idée est surtout de trouver des stratégies pour transformer ces stéréotypes et normes genre qui perpétuent certaines attitudes, certains comportements ou pensées responsables des inégalités genre.

L’Approche basée sur les droits

C’est une approche basée sur les Droits de l’Homme qui garantit l’égalité d’accès aux informations et aux services divers sans discrimination de sexe, d’âge, d’appartenance sociale ou ethnique. Il s’agit par ailleurs de renforcer le droit d’accès des femmes, des jeunes et des hommes aux services de planification familiale et aux informations relatives à la santé sexuelle.

Le projet encourage les femmes à décider de ce qu’elles jugent bon pour elles en ce qui concerne la gestion de leur propre corps et du nombre d’enfants qu’elles souhaiteraient mettre au monde. La femme qui utilise une méthode de contraception ne se considère plus comme étant un « bien » appartenant à l’homme, mais comme une personne disposant de tous ses droits, en commençant par ceux liés à la reproduction.

En collaboration avec d’autres partenaires techniques et financiers, le projet a développé une affiche publiant les droits sexuels et reproductifs, faisant référence en général au cadre légal régissant les droits des femmes à décider de l’usage de la contraception, et inspirée des droits de l’Homme. Ces droits ont été affichés dans toutes les formations sanitaires des quatre régions d’intervention du projet dans sa première phase : l’Ouest, le Sud-Ouest, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua. Ce qui a permis non seulement de vulgariser les droits des femmes en matière de reproduction, mais surtout de les faire respecter. L’objectif étant d’opérer des transformations non seulement chez les femmes, mais aussi et surtout chez les hommes et dans la société où elles évoluent.

Les résultats obtenus sont documentés dans le moniteur de suivi des résultats en ligne de la GIZ « Wirkungsmonitor ».

Impact des actions menées

L’implication des hommes

Le poids des traditions, coutumes, moeurs constitue un frein pour les messages en faveur de la planification familiale (PF) au Cameroun. Les personnalités influentes, les autorités traditionnelles, les leaders religieux, les hommes jouent un rôle de grande importance dans les campagnes et dans la mobilisation de la communauté en faveur de la PF. Ce qui a permis d’avoir l’adhésion des hommes et à les convaincre de l’importance de prendre soin de leur santé et de celle de leur partenaire, de véhiculer des informations sur la PF et sur les services et méthodes

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disponibles. Les hommes sont inclus dans les counseling pour le choix des méthodes, le counseling pour la gestion des effets indésirables de ces méthodes…

Dans la région du Sud-Ouest, plus de 40% des femmes participantes aux Focus Group Discussions ont déclarés être venues se faire consulter soit avec l’autorisation et/ou l’encouragement de leurs époux/partenaires, soit avec lesdits époux/partenaires à la formation sanitaire (FS) pour le counseling de couple.

A l’Ouest, les prestataires de service donnent la priorité de service aux couples qui viennent au counseling ; un des résultats est que le degré d’acceptation de la PF est passé de 2% en 2012 à 15% en 2014. Une réflexion sur le concept « couple champion PF » a été faite et suite à cela, un couple a partagé son expérience pendant la semaine Femmes et Filles Fortes (FFF) 2013.

Dans l’Adamaoua, l’astuce est de faire les visites à domicile au cours des campagnes et l’argument qui convainc le plus les hommes est qu’en utilisant un moyen de contraception, ils pourront avoir des rapports sexuels avec leurs femmes à tout moment sans craindre une grossesse. Ici, les membres des Structures de Dialogue hommes sont utilisés pour servir de pairs éducateurs et le résultat est qu’au moins les autres hommes les écoutent. Les hommes sont encouragés à appuyer et promouvoir le choix des méthodes de contraception dans leurs communautés.

Le projet dans sa stratégie d’intervention s’adresse initialement au couple, en mettant en avant les bienfaits de la contraception (repos du corps de la femme, espacement des naissances, équilibrage/meilleure gestion des dépenses familiales liées à l’entretien des enfants, autonomisation des femmes, etc.).

Les Violences Basées sur le Genre (VBG)

Les VBG au Cameroun sont directement liées à la santé de la reproduction. Selon l’EDS III (Etude démographique et de santé), 52% des femmes ont déjà subi au moins une fois la violence conjugale et 53% de femmes ont subi des violences depuis l’âge de 15 ans.

S’agissant des violences sexuelles, l’étude sur le viol et l’inceste au Cameroun réalisée en 2008 par le RENATA (Réseau national des tantines) avec l’appui de la GTZ montre que 5,2% des filles et des femmes de 0 à 40 ans ont été victimes de violences sexuelles, dont 33% sont tombés enceintes suite à ces violences. L’inceste au sein des familles représente 18% des cas de viols.

Au-delà des violences physiques, plusieurs violences morales sont subies par les femmes venant se faire accoucher dans les maternités. C’est dans cette optique que le projet s’est attelé à réaliser un film documentaire titré « double peine » sur les violences morales dans les maternités. Ce film a fait l’objet d’une conférence débat ayant pour objectif d’attirer l’attention des étudiantes et étudiants sages-femmes sur ces violences qui constituent des entraves à la réduction de la mortalité maternelle. Il a également été mis en ligne sur YouTube pour une sensibilisation à large spectre.

L’amélioration de l’accès géographique des femmes en milieu rural

Une analyse faite par le projet au début de sa 1ère phase en 2012 révèle que du fait de leur situation géographique, l’accès des femmes en milieu rural aux soins de PF reste faible. Grâce aux interventions du projet la situation a considérablement évolué.

L’amélioration de l’accès financier pour les femmes pauvres

L’une des causes de la mortalité maternelle réside dans les fortes inégalités entre les pauvres et les riches. Les programmes visant à améliorer la santé maternelle et à prévenir la mortalité des mères ne parviennent souvent pas à atteindre les femmes pauvres. Les actions menées par le projet dans ce sens visent :

L’amélioration de l’accès socio-culturel des jeunes femmes et filles

Les besoins des jeunes sont très importants, mais rarement satisfaits à cause des tabous et des autres contraintes. Le projet s’est engagé en collaboration avec le Ministère de la jeunesse et de l’éducation civique, à donner aux adolescents et adolescentes, aux jeunes les informations et les services nécessaires pour éviter les grossesses non planifiées en incluant l’offre PF dans les Centres Multifonctionnels de Promotion des Jeunes(CMPJ). Pour la jeunesse scolarisée, l’inclusion de l’offre PF se fait dans 06 CMS (Centre Médico Sanitaire) de certains lycées et universités.

Les facteurs de succès

• Les analyses genre du projet ;

La plateforme d’échange des points focaux genre ;

L’Appui des délégations régionales à la mise en oeuvre des activités.

Les partenaires impliqués

Ministère de la Santé Publique : Tutelle de mise en oeuvre des activités

Ministère de la Jeunesse et de l’Education Civique : collaboration dans l’intégration de la PF dans les CMPJ

CAMNAFAW (Cameroon National Association for Family Welfare) : collaboration pour l’élaboration de l’affiche sur les droits des femmes à la santé de la reproduction

Groupe de travail pour l’Egalité de genre (GTEG) : réunions d’échanges, appui logistique pour la formation des points focaux genre

Les défis à relever

Etendre l’accès à la planification familiale à tous les jeunes garçons et toutes les jeunes filles des régions cibles du projet

Mettre en oeuvre le concept « couple champion PF » dans les régions cibles

Trouver des stratégies de mise en oeuvre des tarifs préférentiels pour l’accès des pauvres aux écoles de formation des sages-femmes du secteur privé, compte tenu de frais de scolarité élevés

Continuer à trouver des moyens d’impliquer davantage les hommes.

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