Algeria: Concours genre 2020 de la GIZ

Contexte du projet :
En Algérie, la participation des femmes aux activités politiques, publiques et sociales rencontre une grande discrimination. Certes plusieurs dispositifs (loi) institutionnels ont été déployés par le gouvernement afin d’assurer l’égalité d’accès aux décisions politiques et publiques, cependant aucune réforme sur le genre et l’inclusion des femmes au niveau de la gouvernance urbaine n’a pas été introduite. De plus, l’approche participative n’est pas structurée par des outils et méthodes variés. Ces facteurs marginalisent la participation des femmes aux sphères de la concertation urbaine.

Or, la participation paritaire des femmes et hommes dans la gestion et planification urbaine devient aujourd’hui un réel enjeu pour atteindre la démocratie participative mais aussi l’inclusion et l’appropriation de nos villes par ses usagers.
La mesure « Renforcement du leadership et de la coopération des femmes cadres ou élues dans les communes maghrébines» mis en oeuvre par le projet de « Coopération décentralisée entre villes maghrébines et allemandes (KWT) » (GIZ) en Algérie et au Maroc et financé par le programme « Promotion du rôle des femmes au Maghreb » PFM (GIZ) s’est fixée l’objectif de gommer les sous-représentations des femmes dans la prise de décision communale liée aux affaires de gouvernance et d’aménagement urbain, afin d’instaurer une égalité de pouvoir entre femmes et hommes. Dans cette perspective, un appel à projet relatif à la question du genre en urbanisme, ouvert seulement aux élues et cadres [femmes] ayant déjà participées aux séminaires PFM-KWT de renforcement des compétences, a été lancé. Les projets proposés devaient permettre une intégration du genre dans l’aménagement urbain, étant donné que nos villes sont « faites par les hommes et pour les hommes ».
Parmi les projets retenus figure le projet « d’Aménagement d’un espace urbain » dont le site d’implantation est situé à la cité Zitoune, un quartier populaire de la ville d’Oran (Nord-ouest d’Algérie).

La mise en oeuvre de ce projet a été construit autour de six étapes clés, comme suit :
o Le diagnostic technique et socio-culturel de l’espace a aménagé (Sexo-spécifique).
o La concertation et consultation.
o La conception d’un plan d’aménagement.
o Présentation du plan d’aménagement aux habitant(e)s et aux autorités.
o L’élaboration du dossier d’exécution et du cahier des charges.

Objectifs et impact du projet :
Le projet aspire à rendre accessible cet espace urbain en friche aux femmes et aux personnes à mobilité réduite tout en recréant une cohésion sociale par un aménagement public (mobiliers urbain, matériaux, éclairage public,) adapté aux besoins des habitant(e)s et usager(e)s du quartier.
Ce projet s’est donné pour objectifs de :

• Améliorer le quotidien des habitant(e)s et usager(e)s de la place publique.
• Concevoir un espace public inclusif reflétant les besoins de tous les habitant(e)s du quartier Zitoune.
• Encourager le processus de concertation en associant les femmes et les hommes aux choix des aménagements de la placette,
• Renforcer la participation citoyenne inclusive au genre pour la planification des espaces publics.

Ces objectifs ont été concrétisés par la collaboration avec plusieurs acteurs (femmes/ hommes) institutionnels dont l’Agence Nationale d’Urbanisme d’Oran, la société civile du quartier Hai Zitoune (commerçant(e)s, soixante habitant(e)s), représentants de la wilaya d’Oran et sur le plan technique, la concertation avec plusieurs ONG qui travaillent sur l’urbanisme inclusif, dont l’association Womenability.
L’approche genre a été intégrée dans toutes les activités de diagnostic et de conception du projet. En effet, afin d’identifier les besoins spécifiques des femmes du quartier Zitoune, les porteuses du projet avec l’appui technique de la mesure PFM-KWT et une consultante en genre et urbanisme ont fait appel à une nouvelle méthodologie de diagnostic et de concertation sensible au genre qu’est la marche exploratoire .Cette méthodologie permet d’associer les habitant(e)s – en particulier les femmes – en les rendant active dans la prise ne main de leur propre sécurité (empowerment) et en les aidant à se réapproprier l’espace public.

Il s’agit donc, d’explorer, avec un petit groupe de femmes et d’hommes (une dizaine au plus), un site particulier pour observer et analyser avec précision les atouts ou les faiblesses de l’espace urbain des quartiers que ces habitant(e)s empruntent quotidiennement. Cette analyse doit se faire à partir d’une grille de lecture sur les critères d’aménagement et de fréquentation susceptibles d’améliorer la sécurité et la qualité spatiale d’un espace public déterminé, notamment la visibilité, la signalisation, l’animation et la présence humaine, l’entretien des lieux, l’éclairage, etc.
Il est à noter que l’outil de la marche exploratoire n’avait jusqu’à son application dans le cadre de la mesure PFM-KWT jamais été utilisé par les pays maghrébins.
En amont de l’organisation de la marche au quartier Zitoune, une phase de mobilisation citoyenne a été mise en oeuvre. Ainsi, le groupe ciblé doit représenter plusieurs générations, car les besoins d’aménagement spatial peuvent être différentes selon l’âge.

Les hommes ont également invité à se joindre aux marches exploratoires notamment comme une opportunité de découvrir les problématiques rencontrées par les femmes dans l’espace urbain qui sont souvent peu connues des hommes.
La marche exploratoire a été organisée en deux sessions à savoir nocturne et diurne, avec la participation paritaire de soixante habitant(e)s.
Au niveau de la placette à aménager, les participant(e)s à la marche exploratoire ont fait part de leurs impressions et ressentis concernant la placette et son environnement immédiat, en se basant sur une méthode sensorielle. Puis en déambulant, les habitant(e)s ont, au fur et à mesure, fait part de leurs critiques en lien avec les thématiques clés (mobilité, propreté et sécurité, activités et équipements,…) ainsi que des propositions d’amélioration.
Il est, par exemple, ressorti que 95% des participant(e)s considèrent que l’éclairage public n’était pas suffisant pendant la nuit. Les femmes ont unanimement mis en avant le manque d’éclairage et la peur qui en découle. 60% des participant(e)s ont indiqué être harcelées verbalement plusieurs fois par semaine dans l’espace public. Ce diagnostic a aussi révélé que 92 % des participantes pensent qu’il est difficile de se déplacer en étant enceinte ou avec une poussette, car cela est rendu difficile notamment par l’absence d’endroits pour s’assoir.
En fin de journée, un atelier participatif a été organisé à l’intérieur d’une des salles du stade du quartier et les habitantes et habitants ont discutés des possibles aménagements.

 

Cette phase de diagnostic et de concertation sensible au genre a permis aux architectes et urbanistes de concevoir un plan d’aménagement de manière holistique, sans reproduire les erreurs déjà existantes et qui répond aux besoins spécifiques du genre et personnes intergénérationnelles. Ce plan a été proposé à la wilaya d’Oran pour sa mise en oeuvre.

Durabilité & facteurs de succès :
Ce projet de la mesure PFM-KWT a permis d’introduire une nouvelle approche sensible au genre pour la gestion et aménagement urbain au niveau des collectivités communales et agences nationales d’urbanisme d’Algérie. En effet, nos partenaires institutionnels ont exprimé
un grand intérêt vis-à-vis de cette approche transversale. Le projet PFM-KWT a été approché par l’Agence d’Urbanisme de la ville de Tlemcen pour un appui technique en genre dans le cadre de la conception d’une placette publique à Sidi Bel Abbés. Aussi, une formation sur l’urbanisme inclusif a été organisée pour les employés des différentes agences d’urbanisme d’Algérie (Constantine, Batna, Alger, Blida, Biskra, etc.) afin de les initier aux différents outils en genre pour les diagnostics et concertation des espaces urbains.
Un guide méthodologique, une vidéo explicative et un résumé de bonnes pratiques a été produit par la mesure pour détailler les étapes de mise en oeuvre du processus du projet (marche exploratoire, diagnostic sexo-spécifique,…) et afin d’être utilisé pour informer et orienter la duplication de l’expérience.
L’application de la marche exploratoire, en tant qu’outil de diagnostic et de concertation, assure l’intégration des perspectives et des attentes de l’ensemble des citoyen(ne)s, y inclus les femmes, dans l’aménagement et la gestion de l’espace urbains. De ce fait, cet outil contribue à rendre les villes plus inclusives, en permettant aux habitant(e)s de mieux s’approprier les espaces. La marche exploratoire permet aussi à mobiliser les citoyen(ne)s dans la gestion et l’entretien des espaces urbains, ce qui constitue un gage de durabilité pour les résultats.