Cameroon: L’integration du genre dans la gestion et la maintenance des points d’eau comme gage de perennisation et modele de gouvernance locale

Eu égard au rôle prépondérant des femmes dans la tâche quotidienne d’approvisionnement des ménages en eau
potable, mais, presque pas impliquées dans le processus décisionnel sur les questions relatives à l’eau, le Programme d’Appui à la Décentralisation et au Développement Local (PADDL) et ses communes partenaires, ont opté pour l’intégration du genre dans la gestion et la maintenance des points d’eau. Le constat s’impose sur le terrain : là où les femmes et les hommes collaborent étroitement, les points d’eau sont mieux entretenus et la pérennité est assurée.

En ce vendredi 05 décembre 2015, nous
sommes dans la Région de l’Ouest, précisément
dans la commune de Koutaba. Le concours
genre veut être saisi comme une opportunité, un
moyen et un canal de diffusion pour partager
cette expérience avec la communauté des
acteurs de développement sur le plan
international.

Dans cette commune, six artisans-es
réparateurs-trices, personnels de la mairie, dont
deux femmes et quatre hommes ont été formés
avec l’appui du PADDL. Amina est la seule
femme de l’équipe aujourd’hui. Il est 12h, le soleil
est au Zénith lorsque nous arrivons au village
Njietekwet Kagnam. L’hospitalité légendaire est au rendez-vous. Amina, après quelques civilités avec
les populations, sans complexe, empoigne son matériel de travail et se dirige vers le point d’eau avec
les trois hommes. Une vingtaine de minutes de réparation plus tard, l’eau coule à flots au grand
bonheur des populations. Les femmes joyeuses et admiratives, poussent des cris de joies. Depuis
qu’elle a bénéficié en janvier 2015, de la formation offerte par la commune de Koutaba avec l’appui du
PADDL, c’est le quotidien de cette quinquagénaire, mariée et mère de onze enfants. A notre
compagnie, elle et son équipe vont réparer 02 points d’eau, donnant ainsi de l’eau potable à plus de
1000 personnes.

Les petits pas vers le changement : du doute à l’admiration

Dans cette commune, les femmes sont devenues artisanes réparatrices au grand étonnement de
tous. Pourtant, lorsque le maire publie la liste des personnes devant prendre part à la formation des
artisans réparateurs, en y intégrant les femmes, suite à l’appui-conseil du PADDL, les commentaires
et les mécontentements vont bon train (grincements de dents pour certains). Les femmes elles même
ne sont pas du tout enthousiastes.
Quelques mois après les sessions de formations, décomplexées, elles se sont imposées et forcent
l’admiration. Du fait de leurs prouesses, les stéréotypes qui véhiculaient les normes et les pratiques
entretenant ainsi, des perceptions vis-à-vis des femmes et les contraintes personnelles telles que le
manque de confiance en soi, le rôle au foyer que leur confèrent les traditions culturelles disparaissent
peu à peu. Ici, tout le monde reconnait qu’il y a une évolution perceptible au niveau du genre.
Doutant d’elles même au départ, aujourd’hui, elles y trouvent une double satisfaction : d’une part,
elles sont mieux valorisées aussi bien à la commune qu’au sein de leur communauté. D’autre part,
elles apportent des solutions rapides aux dysfonctionnements des points d’eau constatés dans les
48heures, sauf lorsque le coût de la pièce de rechange est assez élevé.

De grands impacts grâce à l’appropriation

Au Cameroun, les femmes sont les premières à
souffrir en cas d’absence, de coupure, ou de
pénurie d’eau. Ayant acquis les techniques, les
compétences et les outils nécessaires, les femmes
ont pris conscience de l’importance de leur rôle au
sein des Comités de Gestion des Points d’Eau
(CGPE). Elles mobilisent plus facilement les autres
acteurs/actrices. Certaines ont pu trouver des
solutions au grand défi du recouvrement des
cotisations : elles recueillent les cotisations pour
l’eau en même temps que celles faites
périodiquement par les membres, au sein de leurs
différentes réunions/associations du quartier ou du
village. Grâce à leurs actions, l’on peut noter
aujourd’hui, que les maladies hydriques,
notamment, le choléra, sont éradiquées dans les communes de la région de l’ouest ayant bénéficié de
l’accompagnement du PADDL. Koutaba par exemple figurait parmi les communes les plus touchées
par l’’épidémie de choléra. En effet, les points d’eau étant régulièrement réparés et entretenus, les
populations n’ont plus recours comme autrefois, aux eaux insalubres des rivières. Les corvées d’eau
sont aussi réduites, l’accès étant maintenant facile. En outre, les populations apprécient de plus en
plus les actions de la commune dans leurs localités, ce qui améliore les relations de la mairie avec
ses populations. De nombreux points d’eaux sont remis en état de fonctionnement à moindre coût.
L’implication des femmes dans la gestion et la maintenance des points d’eau dans les communes,
constitue à tous points de vue, un modèle de leadership féminin dans la gouvernance locale.
La moisson fait des échos. Amina et ses collègues sillonnent la région de l’ouest pour partager les
bonnes pratiques. Au cours de ces rencontres, de nombreux hommes et femmes souhaitent être
responsabilisés et formés dans la maintenance des points d’eau.

Les facteurs de succès

Avant l’arrivée du PADDL, on dénombrait moins de
10% de femmes dans la plupart des comités de
gestion des points d’eau dans les zones
d’intervention du Programme. La première mesure a
consisté à sensibiliser les exécutifs municipaux et
les communautés sur l’importance de l’implication et
la représentativité des femmes. Puis, les femmes
elles-mêmes ont été encouragées à s’y impliquer.
Cette sensibilisation a reçu un accueil favorable des
maires et des usagers de l’eau. Ces derniers
n’insistent plus seulement pour que les femmes
occupent le poste de trésorière des CGPE, mais
aussi de présidente dudit comité.
Ainsi, l’implication effective des hommes et des
femmes à travers la sensibilisation et la formation
notamment en ce qui concerne la maintenance
préventive des points d’eau, permet de réduire significativement la survenance des pannes sur les
forages et puits aménagés. En outre, lorsqu’elles s’approprient leur point d’eau, elles transmettent
facilement les conseils reçus à leurs progénitures qui les secondent très souvent dans la collecte de
l’eau. Les femmes sont celles qui connaissent mieux que quiconque l’importance de l’eau au
quotidien. Elles font par conséquent, une gestion rationnelle ou parcimonieuse de ce bien, précieux
pour leurs foyers.
Cette expérience a permis de montrer que, pour un développement local durable, aussi bien les
hommes que les femmes doivent être impliqués de manière effective, car étant les premiers
bénéficiaires des actions de développement, ils/elles sont à même d’identifier les problèmes et de
proposer des solutions adaptées à leur contexte.
Le PADDL pour assurer la durabilité de ces appuis et acquis, outre le fait d’impliquer tous les
acteurs/actrices devant légalement jouer un quelconque rôle, a travaillé avec une organisation de la
société civile (Hydrosanté), tout en renforçant ses capacités. Celle-ci, aujourd’hui, dissémine dans la
région de l’ouest avec d’autres partenaires cette approche genre-sensible dans la gestion et la maintenance des points d’eau. De plus, toutes les opportunités sont saisies par le PADDL pour
« vendre » cette expérience inédite.

TÉMOIGNAGES

« Nous avons en perspective de former d’autres femmes »
M. Ibrahim KOUTAPTOU, Maire de la commune de Koutaba.
Ces femmes que j‘ai désignées pour être formées comme artisanes
réparatrices étaient très hésitantes et sceptiques. Même les hommes
n’étaient pas réceptifs pour collaborer avec elles. Nous sommes
enchantés de voir que les perceptions ont évolué. Grâce aux résultats et
impacts dans le cadre de la maintenance des points d’eau et au regard de
l’engagement des femmes, les membres de l’exécutif communal et moi
avons proposé au Préfet que les artisanes réparatrices actuelles soient
recrutées comme personnel permanent à la commune de Koutaba. Nous
avons également en perspective de former d’autres femmes dans les
communautés à la maintenance des points d’eau, d’avoir absolument au moins une femme au sein de
l’exécutif communal, et d’avoir plus de 30% de femmes comme conseillères municipales.

« Une femme présidente de comité de gestion d‘un point d’eau, c’était inimaginable avant »
M. Dominique Engogodo Mvodo, Sécrétaire Général de la mairie.
Les transformations sont encourageantes. Les hommes et les femmes
travaillent ensemble pour les questions de développement de notre mairie.
Nous notons avec emphase que les femmes s’expriment désormais
librement dans les comités de gestion des points d’eau pour défendre
brillamment leurs points de vue. Une femme a été récemment élue comme
présidente d’un comité de gestion des points d’eau dans la localité de
Njissen, ce qui était inimaginable avant. Les résultats des femmes artisanes
réparatrices sur le terrain sont aussi très satisfaisants. Ces femmes en plus
de manier habillement les termes techniques : coupelles, manchons, (etc.),
font des diagnostics et des propositions concrets.

« Nous avons pris notre courage à deux mains »
Mme Aminatou Akatu Makeuet, Artisane réparatrice.
Ce n’était pas facile au départ, parce que la religion n’accepte pas que la
femme fasse certains travaux. Pour nous-mêmes femmes artisanes
réparatrices, les débuts étaient très difficiles. Avec les encouragements du
maire, nous avons pris notre courage à deux mains, et les résultats nous
font plaisir. Les hommes ont compris qu’ils doivent désormais travailler avec
les femmes. Mon mari m’a finalement laissé faire la maintenance des points
d’eau et m’encourage dans ce sens. Le maire l’a même félicité pour le bon
travail effectué par son épouse que je suis. J’appelle les femmes à
s’impliquer davantage dans la gestion et la maintenance des points d’eau, si elles ne veulent plus
souffrir des corvées d’eau et d’autres problèmes qui en découlent. Je passe ce message chaque fois
que l’occasion se présente.

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